JAZ JAZISTOR DRILIC
Informations connexes
Pages sur l'horlogerie, le principe et le réglage des montres et pendules, leur réglage, etc.
Réparation d'un Jazistor Gendic (calibre 6AR)
Réparation d'un calibre AX
Réparation d'un calibre SH
Cette page concerne la révision et la réparation d'un réveil Jaz Jazistor Drilic, calibre AR, acheté en panne sur Leboncoin.
INTRODUCTION
Jaz fait partie des marques mythiques françaises dans le domaine des pendules et réveils. On trouve sur le net plusieurs sites très bien faits comme par exemple, Jaz, le bon temps.
À la fin des années 1960, Jaz a lancé une série de réveils et pendules avec un mouvement électronique. J'en ai réparé plusieurs dont ce modèle, un réveil Jazistor Drilic.
ASPECTS TECHNIQUES
La bonne nouvelle est que l'on trouve la documentation technique des différents calibres électroniques de Jaz (dont le calibre AR). Voir en particulier [cette archive du manuel technique].
La conception du réveil est intéressante car elle se trouve à mi-chemin entre les réveils mécaniques traditionnels avec leurs pièces en métal et les mécanismes tout en matière plastique qui ont suivi. La qualité des matériaux est dans l'ensemble assez élevée mais elle cohabite avec quelques pièces en plastique ou en nylon, sans compter le boitier.
En résumé, on a un réveil fait en grande partie "à l'ancienne", mais dont la force motrice a été confiée à l'électronique. Je signale tout de suite une particularité intéressante de ce mouvement qui est son échappement que je trouve plutôt astucieux et qui est très silencieux. Terminé les "tic-tac".
Concernant l'électronique, c'est assez épique par rapport à ce que l'on connait dans les années 2020. Il y a :
- un transistor monté "en l'air" (dans le cas présent un PNP OCxxx. N'importe quel PNP à usage général convient s'il y a le besoin de le remplacer).
- 2 condensateurs (dans le cas présent, C1 = 25µF, C2 = 47nF).
- 1 résistance (dans le cas présent, R1= 150kohms).
- 2 bobines M (dans le cas présent, sa résistance est de l'ordre de 420 ohms) et R (dans le cas présent, sa résistance est de l'ordre de 520 ohms) qui servent à actionner la roue de balancier équipée d'aimants (une impulsion qui repousse les aimants et fait tourner le balancier) et à détecter le moment où il faut le relancer (une bobine détecte le passage de la roue de balancier au point mort pour le relancer).
La conception du mouvement reste donc pour l'essentiel mécanique (un balancier, un échappement) l'électronique ne faisant que redonner de l'énergie au balancier. La précision du réveil n'est donc pas liée à l'électronique (pas de quartz et tout ce genre de choses) mais à la mécanique.

Schémas possibles pour l'électronique selon l'utilisation d'un transistor PNP ou NPN. Dans mes réveils, les transistors étaient des PNP.
On notera que ce principe ne permet pas en théorie un démarrage automatique lorsque le balancier est à l'arrêt. Mais Jaz a ajouté une résistance R1 (ici, 220kohms. Habituellement, 150kohms) qui donne un certain courant au transistor (environ 10µA pour 150kohms) qui permet de générer un champ (très faible) dans la bobine qui fera démarrer le balancier qui oscillera très faiblement au départ mais suffisamment et de plus en plus jusqu'à ce qu'il fonctionne en régime permanent.
L'alimentation électrique est assurée par une pile de 1,5V classique. Le fabricant déconseille l'utilisation de piles alcalines. C'est encore souvent le cas en 2020 pour certains mouvement électromécaniques (je ne sais pas vraiment pourquoi).
La consommation totale du mouvement en régime permanent (hors sonnerie) est de l'ordre de 140µA mesuré (conforme à ce qu'indique la documentation) ce qui autorisait dans les années 1970 un fonctionnement d'environ 400 jours avec une pile LR20 saline (probablement plus en 2020).
Je ne détaille pas plus le mouvement, tout est très bien expliqué dans la documentation technique déjà mentionnée.
RÉPARATIONS
Démontage
- Retirez la pile de son logement.
- Dévissez les deux vis en laiton située à l'arrière du boitier. Une se trouve dans le logement de la pile
- Retirez les boutons de réglage de l'heure et du réveil (tirez les)
- Retirez l'enjoliveur qui se trouve sous la face inférieure du boitier.
Ceci-fait tout le mécanisme sort par l'avant. Il ne reste plus dans le boitier que le mécanisme de la sonnerie.
Ci-après, des photos du mécanisme à divers stade du démontage (non nettoyé).









À ce stade, vous pouvez retirer facilement le capot transparent qui est simplement clipsé.
Nettoyage du boitier et des décors
Le boitier en plastique se nettoie avec n'importe quel produit doux (savon noir, liquide vaisselle) non abrasif. Vous pouvez aussi tenter de supprimer les éventuelles rayures superficielles avec du miror.
L'enjoliveur métalique et les boutons de réglage en laitons se nettoient au Miror.
Premières constatations
La sonnerie alimentée seule fonctionnait.
Le mouvement alimenté par une alimentation de laboratoire (1,5V) tentait de démarrer mais l'amplitude était insuffisante. Le mouvement semblait en partie bloqué.
Ce symptôme traduit plusieurs problèmes potentiels :
- Encrassement de la mécanique. Il faut la nettoyer et la rehuiler.
- Problème potentiel sur le condensateur chimique de la partie électronique (25µF).
Pour la suite, j'ai démonté le calibre pour pouvoir le nettoyer. Pour ce faire, retirez les aiguilles puis dévissez les deux vis qui maintiennent le calibre sur la plaque en métal qui soutient le cadran.
Réparation de l'électronique
Dévissez les deux écrous qui retiennent l'électronique. Il faut être conscient que ces écrous retiennent aussi la plaque arrière dans laquelle entrent les pivots des différents rouages.
Dans le cas présent, et probablement dans la plupart des cas pour une horloge de cet âge, le condensateur chimique était mort. Il s'agit d'un 25µF 10V ou 6,3V selon les modèles (sur tous les deux modèles dont je dispose, ce condensateur était à changer).
Pour remplacer ce condensateur, il faut retirer la plaque de bakélite sur laquelle se trouve l'électronique en la tirant vers l'arrière.
Pour le remplacement du condensateur chimique, je vous conseille de couper les pattes à ras bord du condensateur. N'essayez surtout pas de le dessouder, vous risquez d'abimer les fils très fragiles de la bobine.
Ressoudez ensuite le nouveau condensateur sur les pattes de l'ancien, en respectant la polarité et en évitant de chauffer trop longtemps.
Pour le 22µF (on ne trouve plus de 25µF), vous pouvez prendre n'importe quel condensateur chimique neuf de tension de service 5V ou plus.
Certaines platines électroniques étaient équipées de condensateurs chimiques au tantale. Avantage : plus petits que les chimiques aluminium. Inconvénient : à l'usage, sauf matériel professionnel, ils vieillissent encore plus mal que les chimiques aluminium. Donc je vous conseille de rester "dans le classique" et de prendre un condensateur chimique aluminium. Sauf, si vous trouvez un condensateur non polarisé et non chimique de 22µF : ça sera encore plus fiable.
À noter qu'il y a largement la place de mettre un condensateur radial plus facile à trouver qu'un axial.
Ceci fait, remettez le tout dans le mécanisme en suivant l'inverse de la procédure de retrait.
Nettoyage et entretien de la mécanique
Il n'y a pas grand-chose à dire sur la mécanique de ce réveil qui est proche de celle des réveils mécaniques anciens, à l'échappement près et à la présence d'éléments en plastique (échappement...).
Comme dans tout appareil d'horlogerie, les frottements (poussière, graisse ou huile séchées, etc.) sont l'ennemi à combattre. La documentation préconise un nettoyage à l'essence F ou C ou à l'alcool, ce que j'ai fait. J'ai ensuite huilé les axes.
j'avais malencontreusement fait une mauvais manipulation qui a dû tordre légèrement la lamelle ressort qui sert de frein à la roue d’échappement et du coup, elle appuyait trop. Comme le couple de l’échappement est faible, il n’arrivait pas à faire démarrer le mécanisme. Par contre, si on l’aidait au démarrage, il fonctionnait ensuite très bien.
J’ai légèrement diminué la pression de la lamelle ressort ce qui a permis de régler le problème. Pour information, la pression de la lamelle ressort doit être entre 1g et 1,5g au point de contact avec la roue d’échappement.
Une petite vidéo qui montre le démarrage automatique du mouvement puis son fonctionnement en régime permanent.
Mécanisme de déclenchement de la sonnerie
Le déclenchement de la sonnerie se fait de la façon suivante :
- Une plaque de contact (2) est destinée à l'alimentation de la sonnerie. Elle est isolée de la plaque de cadran (3) par un morceau de bakélite (4).
- Une roue de came (1) se trouve au dessus de la plaque de contact. Elle est électriquement isolée de la plaque de contact (2) par une rondelle en bakélite. Cette roue est celle sur laquelle vient se mettre l'aiguille du réveil. Elle est électriquement reliée à la plaque de cadran (qui est au potentiel positif de la pile) et est retenue par un circlip sur la face avant.
- Une roue en matière plastique (la roue des heures) se trouve au dessus de la roue de came. Elle est entrainée par un engrenage relié à la roue des minutes et comporte un ergot sur sa face inférieure dont l'utilité est expliqué plus loin.
- La roue des heures est maintenue en place par une lamelle ressort. Pour retirer cette lamelle, soulevez légèrement l'arrière de cette lamelle et faite la glisser vers la droite.

La plaque du cadran, comme le reste du mécanimes, est reliée au potentiel positif de la pile.
Le mécanisme d'alimentation de la sonnerie fonctionne de la façon suivante :
- Lorsqu'on met en fonction le réveil (bouton sur la face supérieure du boitier), un contact vient toucher la plaque de contact (2).
- La roue de came (1) comporte un évidement et une lamelle ressort sur laquelle se trouve un contact en argent palladium.
- Lorsque la roue des heures entre dans l'évidement, l'ergot vient plaquer ce contact sur la plaqe de contact. Comme la roue de came est au potentiel positif, la sonnerie est alimentée. La durée de la sonnerie est d'environ 6 minutes si on ne l'arrête pas manuellement. La consommation moyenne mesurée de la sonnerie est de l'ordre de 90mA (80mA dans la documentation).
- Au fur et à mesure que le temps passe, l'ergot va continuer son chemin et ne va plus plaquer la lamelle ressort sur lequel se trouve le contact en argent. Celle-ci remonte donc et la sonnerie est coupée pendant 12 heures.
Le bord du ressort de contact que l'ergot de la roue des heures vient pousser dépasse de l'évidement d'environ 1/10ème de mm, peut-être moins.

La panne classique de ce mécanisme vient d'un encrassement du contact en argent. Sur mon réveil, la résistance entre le contact et la plaque de contact était de l'ordre de 320 ohms. Dans ce cas, il faut démonter la roue de came (un circlip à retirer en face avant) et nettoyer le contact.
Pour le remontage, faites attention de bien centrer la rondelle en bakélite qui isole la roue de came de la plaque de contact. Une fois remontée, la roue de came doit être parfaitement horizontale.
Synchronisation de l'aiguille du réveil avec l'heure
Ma façon de procéder (qui doit être la façon standard je suppose) :
- Réveil remonté et alimenté, faite tourner le bouton de réglage de la mise à l'heure jusqu'à ce que la sonnerie sonne. Procédez en tournant très lentement le bouton de réglage afin de déterminer le plus précisément possible le début de la sonnerie. En fait, le plus simple est de positionner l'ergot en limite de l'évidement et de laisser le temps passer jusqu'au début de la sonnerie. Il faut alors couper l'alimentation du réveil.
- Mettez l'aiguille du réveil sur 12H00.
- Mettez les aiguilles des heures et des minutes sur 12H00.
Le réglage est terminé.
TESTS ET PROBLEMES
Le mouvement seul fonctionnait parfaitement. Une fois refixé sur la plaque de cadran, j'ai eu quelques soucis que je vous décris au cas où :
- Un premier problème venait du remontage lui-même. Le mouvement n'était pas tout a fait bien positionné ce qui fait que le canon des minutes frottait dans le canon de l'aiguille du réveil. Par ailleurs, le réglage de l'heure par le bouton à l'arrière accrochait. Si vous avez le même problème, vérifiez que le mouvement repose bien sur ses entretoise.
- Un autre problème est apparu avec le temps. Le mouvement fonctionnait puis au bout "d'un certain temps", si le balancier oscillait normalement, il n'arrivait pas à entrainer l'échappement. Auditivement, cela se traduisait par un bruit de Tic-Tac anormal et bien sur, la roue en prise avec l'échappement ne tournait pas.
Puisque le mouvement fonctionnait normalement lorsqu'il n'était pas fixé à la plaque de cadran, j'ai vérifié les éventuels nouveaux frottements introduits par la fixation du mouvement sur la plaque de cadran : - Dans un premier temps, j'ai retiré la roue d'échappement du mouvement afin de pouvoir le faire fonctionner manuellement en tournant le bouton de réglage de l'heure. L'idée était de détecter un éventuel point dur. Le problème est que je n'ai rien noté d'anormal. Néanmoins, j'ai quand même peaufiné la lubrification du mécanisme qui s'ahoute à celui du mouvement lorsqu'on remet ce dernier sur la plaque de cadran.
- Possible frottement excessif de la lamelle ressort sur la roue des heures. J'ai graissé légèrement (graisse silicone) le point de contact entre les deux pièces.
- Possible frottement excessif de la roue des heures avec la roue de came. J'ai graissé légèrement (graisse silicone) l'ergot de la roue des heures.
- Possible frottement de l'axe des heures avec le canon de l'axe des minutes. J'ai graissé légèrement (graisse silicone) l'axe des minutes et j'ai renettoyé l'intérieur du canon de l'axe des minutes.
- Possible frottement de l'axe des minutes avec le canon de l'axe de l'aiguille du réveil. On peut mettre un peu de graisse silicone sur le canon de l'axe des minutes.
- Possible frottement de l'axe de réglage manuel de l'heure. En effet, en fonctionnement, l'axe de réglage des heures est en prise avec la roue des heures et doit donc tourner sans résistance. Il faut donc s'assurer que les deux points de passage de cet axe dans le mouvement n'introduisent pas de frottements excessifs (huilage). On peut aussi mettre un peu de graisse à l'extrémité de la roue qui entraine la roue des heures. En effet, la roue de mise à l'heure n'est pas bloquée et peut venir frotter sur la roue de came.
Depuis cette révision, il fonctionne. Je note cependant un défaut : le réglage de l'échappement impose de jouer avec le réglage de la hauteur du balancier. Le réveil ne fonctionne donc corrrectement qu'en position horizontale.
Une autre solution indiquée dans la documentation est d'agir sur le support inférieur du balancier : "Si la sécurité est insuffisante, on peut y remédier en agissant sur la patte cambrée de la platine arrière qui sert de support à la vis pivot de balancier inférieure." La "sécurité" est l'espace entre une dent de la roue d'échappement et les deux parties métalliques de l'échappement. La dent doit se trouver entre les deux sans frotter.
Tout cela ne me satisfaisait pas. Par chance, je disposais d'un balancier et d'un échappement provenant d'une autre pendule Jaz mais qui avait un défaut mécanique concernant le passage de la date (Jaz Gendic). J'ai mis ce balancier et cet échappement sur ce mouvement et depuis, tout fonctionne correctement. Un truc si vous devez faire cette manipulation : positionner l'aimant supérieur du balancier au milieu du corps de la bobine et pas au centre pour que le démarrage automatique fonctionne correctement (la vidéo sur cette page vous permet d'avoir une idée de la position du balancier au repos).
RÉGLAGE
J'ai vérifié le réglage du mouvement à l'oscilloscope (mesure des impulsions sur la bobine). Pour mémoire, il bat 18000 coups par heure. Il était correctement réglé.
Il faut noter que la mesure à l'oscilloscope n'est pas suffisamment précise pour faire un réglage correct et j'envisage de faire une sonde adaptée à ce type de réveil pour le brancher sur mon chronocomparateur PC-RM4. En attendant, je m'en suis sorti avec un réglage manuel de l'avance-retard.


Gendic vs Drilic
avril 2026




